X3.60 | Remember Me

Antigones contemporaines ou futuristes, éternelles rebelles adolescentes, les héroïnes de jeux vidéos bénéficient souvent d'une attention particulière de la part des développeurs. On découvre des personnages féminins à la personnalité bien travaillée, au charisme incontestable, avec une histoire personnelle intéressante. Nilin, la jeune femme dont on prend les commandes dans Remember Me, n'échappe pas à la règle. Immanquablement on notera d'ailleurs les références aux célèbres héroïnes de l'imaginaire vidéo-ludique et même cinématographique. Personnage torturé au propre comme au figuré au début de l'aventure, Nilin prendra confiance au fil du temps, à l'instar de la Lara Croft de 2013 dont elle prendra le même chemin initiatique.

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De DONTNOD, ce studio français, on attendait beaucoup avec Remember Me, leur première production. Les premières vidéos disponibles nous faisaient pressentir un jeu dans un univers post-moderne, avec une héroïne déjà très charismatique.

Au final, quel verdict peut-on en tirer ?

  • Jouer le jeu …

Un des points forts mis en avant par le studio dans sa communication sur Remember Me fût le système de combat. Ce système se devait d'être original, le jeu pouvant s'apparenter à un quelconque « beat them all », pour les critiques les plus exigeants. Ce système se base sur  seulement 4 combos, qui plus est simple à réaliser, mais proposant une grande variété de combinaisons. En effet, on débloquera un « catalogue » de coups au fil de l'histoire ; ces coups seront disponibles dans une interface appelée Combo-lab permettant de composer ses propres combos à partir des coups débloqués. En outre, ce « catalogue »  de coups se divise en 4 parties : les coups de puissance, les coups de récupération de vie, ceux accélérant le temps de récupération des pouvoir spéciaux, et des coups « boostant » les autres catégories. On répartit les coups au sein du combo sur les 2 touches X et Y . En pleine action, il faudra donc faire preuve d'une bonne synchronisation pour « sortir » les combos dans un certain rythme, pour éviter d'en casser la chaîne.

Des pouvoirs spéciaux, eux aussi débloqués au fil du jeu, viendront s'implémenter aux scènes de combat, permettant de venir à bout de certains types d'ennemis.

Malgré ce faible nombre de combos, les combats ne sont pas faciles du tout, et il faudra souvent faire preuve d'un peu de tactique dans le Combo-lab accessible aussi en plein milieu des combats, et d'adresse, comme dans tout jeu de baston. La difficulté m'a semblé bien équilibrée et progressive. Chaque fin de niveau (8 en tout) nous met face à un « boss » à l'apparition amenée par le scénario.

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  • L'histoire

On n'échappe pas à un des plus grands poncifs du jeu vidéo, à savoir le héros amnésique qui retrouve progressivement la mémoire tout au long de l'histoire. L'intrigue nous tient en haleine ; elle est bien construite, nous offre quelques révélations émouvantes (on a parfois la larme à l’œil …) mais se perd un peu vers la fin.

Au début de Remember Me, on incarne Nilin, personnage féminin, visible et jouable à la 3e personne. On comprend qu'elle a été quelque peu malmenée. Elle se réveille au sein de ce qui semble être une usine à lobotomiser des humains, à leur retirer leur âme et à les transformer en légume,  parias de la société. Cette société est un Paris futuriste, post-moderne steam-punk, décadent, une société dont le fort clivage semble être représenté par la géographie même de la ville. Les miséreux en bas, les classes aisées dans la lumière.

La première mission de Nilin consistera, vous l'aurez compris, à s'échapper de cette prison-usine infernale. Elle virevolte le long des parois, parfois dans un timing chronométré, un peu à la Mirror's Edge. Car Nilin nous fait fatalement penser à Faith. La même classe, le même style, le même esprit. De murs en précipices, de toits en balcons, la chute reste un des plus grands dangers pour Nilin. Ceci dit, honnêtement, le chemin est tellement balisé que l'on ne risque que trop rarement de louper un rebord. Quelques passages secrets pour découvrir quelques-uns des objets bonus cachés nous détourneront d'un parcours incontestablement linéaire. Cette linéarité, souvent critiquée, ne m'a pas gêné outre mesure, tant que « ma » Nilin se baladait telle une virtuose de la voltige dans les décors de Néo-Paris. Dans les derniers niveaux, en évoluant dans des décors intérieurs, une légère monotonie s'est faite sentir, l'effet « couloir » étant accentué.

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  • Les graphismes

Ceci dit, on ne peut que féliciter les artistes ayant apporté leur touche à Remember Me. La patte artistique est magnifique. Les choix du design des rues et des bâtiments apportent un aspect unique à ce jeu. Ce Paris futuriste nous fascine, parfois nous amuse, comme tous ces détails que l'on peut y trouver. Cette attention mérite la plus grande admiration. Les boutiques d'un aspect traditionnel bien français côtoient des architectures inspirées de l'imaginaire du cinéma de science-fiction. On se surprend à lire les inscriptions sur les devantures des magasins, comme par exemple le prix des croissants 🙂 .

Les paysages sont farcis aussi d'écrans (très à la mode dans le JV) de « réalité augmentée » ; certains nous fournissent même des indices pour trouver des bonus. Les rues sont vivantes ; on regrettera d'autant l'absence totale d'interaction avec les protagonistes de scénettes urbaines, de discussions, ou avec les commerçants.

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  • Impression générale

Aux nostalgiques du 5e élément, les bastons rythmés sur de la musique électronique de fort bonne facture rappelleront  les combats énergiques de Lilou. C'est aussi à Lara Croft, à Faith et parfois un tantinet à Bayonetta que l'on pense quand on est aux commandes de Nilin.

Dévaler les toits de Paris, admirer des quartiers connus mais retoqués à la sauce futuriste, concocter mes propres combos, bastonner et explorer, parfois m'arrêter pour écouter la piste sonore (dialogue et/ou musique) … j'ai pris un plaisir fou dans Remember Me, du début à la fin, même s'il est vrai que la narration devient un peu erratique sur la fin et les graphismes un peu plus quelconque dans les intérieurs génériques vus et revus dans les JV (couloirs de laboratoires, usines, plate-formes ...).

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Les 4 scènes de Remix Mémoriel sont une idée géniale de gameplay, à exploiter dans une suite éventuelle. De plus, elles s'intègrent parfaitement dans l'histoire. Elles consistent à modifier certains détails de souvenirs de PNJ pour influer sur le cours de l'histoire, dans une mise en scène et des effets qui nous font penser à Minority Report.

Mention spéciale aux musiques d'Olivier Derivière absolument remarquables, tout-à-fait dans la « patte » de la SF « française », avec force échantillons, synthétiseurs et effets électroniques. Il réussit à soutenir musicalement la poésie onirique émanent de certains lieux.

Image de prévisualisation YouTube

Histoire8.5
Graphisme8
Bande-Son8
Gameplay8
Durée de Vie6.5
Au final, malgré quelques petites imperfections (en particulier un certain panorama qui sent bon le vieux JPEG collé en arrière-plan et une narration un peu erratique sur la fin) j'ai pris un plaisir fou à parcourir ce jeu. La dizaine d'heures m'a parue trop courte, je ne me suis jamais ennuyé, ce qui est un excellent signe (quoiqu'il est vrai que je ne sois pas un critique très blasé).
7.8

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